Et ta dépression, ça va mieux ?

Mes amies me demandent régulièrement (plus ou moins, mais la question revient souvent) comment je vais. Ouais, je sais, c’est évident mais bon. Bref, donc elles me demandent si côté dépression, ça va mieux. Je crois que je peux le dire et même l’écrire. J’en suis sortie. La page est tournée. Ce qui me fait être si sûre ? Je ne culpabilise plus de ne pas être une mère parfaite. Je veux dire, réellement. Parce que le coup du « non mais je sais bien qu’on ne peut pas être une mère parfaite, c’est pour ça que je ne me mets pas la pression », et à côté de ça, je me mène un train d’enfer, je connais, j’ai donné.

Non, là, réellement, je m’en fous d’être imparfaite, de m’emporter parfois, d’en avoir marre, d’être fatiguée, de jeter l’éponge. Ce qui m’importe, c’est de m’en apercevoir, de comprendre pourquoi et de me questionner. J’ai enfin intégré l’idée que finalement le plus important de ma maternité, c’est de me poser des questions. J’en ai besoin de ces questions. J’ai besoin de challenger mon comportement. Ça me place dans l’action, dans l’observation. Je sais que tant que je me remettrais en question, je serai sur la bonne voie, sur MA bonne voie. Ne pas rester sur ces acquis, toujours réfléchir. Oui, ça demande de l’énergie, beaucoup d’énergie même. Mais je préfère consacrer cette énergie à ça plutôt qu’à me débattre avec mon mal-être.

Cela fait bientôt un an jour pour jour que j’ai été voir ma sage-femme pour lui déballer mon sac. Je crois que ce jour-là, j’ai pris la meilleure décision de ma vie. Je garde un souvenir ému de ce rendez-vous. Jusqu’à peu, c’était encore douloureux d’y penser. Désormais, j’y pense avec bienveillance. J’ai encore en moi la sensation de ce poids immense qui s’en va au fur et à mesure que je parle. Ce fardeau qui s’allège. Et la réaction en chaine ensuite, avec les confidences aux amies les plus proches, les textes ici.

Je ne sais pas si j’ai réussi à me pardonner par contre. Je n’arrive pas à passer au-delà de ce sentiment de gâchis. D’avoir loupé des moments en or avec mon fils. Je me surprends toujours à me dire que je me rattraperai avec le second. Mais pour lui, c’est terminé, je ne me pardonne pas encore de l’avoir privé de ça. Je sais qu’il n’a pas l’air malheureux, au contraire même, que c’est cette épreuve même qui fait la solidité de notre lien. Mais non, toujours de l’amertume. Pour le moment.

Mon prochain défi ? Convaincre mon homme de partager mes réflexions. Je trouve qu’il ne creuse pas assez. Qu’il reste sur ses acquis. Qu’il ne remet pas assez en question ses convictions. Non pas que je ne sois pas d’accord avec ses principes. Mais j’espère qu’il saura m’accompagner dans mes questionnements et entretenir le dialogue. Il est assez rebuté par mes lectures. J’évite de trop le pousser, mais j’aimerais parfois qu’il y mette davantage du sien. Qu’il lise au moins quelques pages. Qu’il s’y intéresse. A moi de lui prouver que ça en vaut la peine. Et que j’en ai besoin.

Good bye 2014…

Je ne suis pas mécontente de laisser filer 2014. Je crois que cette année a été l’année la plus riche émotionnellement de toute ma vie. Je pèse mes mots. Il y a des années très heureuses, celle de la préparation de notre mariage, celle de la naissance de notre fils. Des années plus dures, avec des décès de très proches.  Mais globalement, chaque année avait son évènement et ça s’arrêtait là.

2014 aura été une série d’épreuves, de remises en questions, de doutes, de questionnements, de découvertes. J’ai été poussée dans mes retranchements comme je ne l’ai jamais été.

Petit récapitulatif :

– février : diagnostic de la DPP. Je pose un mot sur mon mal-être, je vais pouvoir avancer. La pilule est amère, les regrets déjà là, mais je dois avancer.

– mars : je rencontre la psy. Je ne serai pas assidue mais ces deux rendez vous auront le mérite d’ouvrir les vannes du dialogue. J’en parle. A mon homme, à mes amies.

– avril : j’ouvre le blog. Et je continue à parler, à me libérer. Le début de plusieurs mois d’introspection, de réflexion. Des mois au cours desquels j’apprends à m’observer, à mieux me comprendre et surtout à mieux m’accepter.

– juillet : mon fils fête ses un an. Je réalise les mois écoulés, je suis fière de lui, fière de moi, fière du chemin parcouru. Sans arriver à oublier les regrets des premiers mois tumultueux.

– septembre : le diagnostic tombe, mes deux parents sont malades. Deux maladies bien distinctes. Mais dans les deux cas, c’est d’une brutalité inouïe. J’accuse le coup.

– novembre : je suis celle qui s’occupe de beaucoup de monde. Sauf de moi. Je finis sur les rotules. Mais j’assume. C’est la vie, je n’ai pas le choix. Ces difficultés m’ouvrent les yeux sur la nécessité absolue de profiter de la vie. Banalité certes, mais terriblement vrai dans ces moments là.

– décembre : action….réaction ! Je dessine mon tatouage, je prends rendez-vous, j’assume la montagne de boulot qui m’incombe, je ne me mets plus la pression, je fais le dos rond et j’attends des jours meilleurs tout en savourant les petits rien qui font du bien.

Good bye 2014… et surtout welcome 2015 !!

Couper le cordon à 32 ans

Ca y est, je crois, j’ai donné le coup de ciseaux salvateur ! La maladie de ma mère aura été le déclencheur de beaucoup d’émotions, beaucoup de réflexions, beaucoup de peurs mais aussi beaucoup de choses positives. J’ai parfois honte d’avoir eu besoin d’un évènement si douloureux, si négatif pour elle pour découvrir tant de choses positives sur moi.

Clairement, en deux mois, j’ai grandi, vieilli, mûri, appelons ça comme on veut, j’ai été propulsée vitesse grand V dans le monde sérieux des adultes. Moi qui cultive mon côté enfantin, il a bien fallu admettre que j’avais perdu un peu de mon innocence.

La peur immense et soudaine de perdre ma mère m’a poussé à avoir enfin un comportement d’adulte à adulte avec elle. Jusque là, je l’avais déjà évoqué ici, j’avais toujours le sentiment de rester une petite fille face à elle. Pour deux choses, d’une part son incapacité à s’abstenir de faire des remarques infantilisantes et d’autre part, mon incapacité totale à m’affranchir de ces remarques. Après tout, libre à elle de choisir ce mode de fonctionnement avec moi, mais je m’en voulais de ne pas arriver à laisser glisser tout ça sur moi.

Je crois que c’est désormais chose faite. J’ai dû m’occuper d’elle comme je pourrai m’occuper de mon fils (ou presque!) et cette situation a fait tomber tout un tas de barrières. Je n’ai plus peur. De dire mes opinions. De dire mes choix (il reste encore du chemin quand il s’agit de les défendre….). D’assumer mon caractère, ma personnalité, ce que je suis, qui je suis. Je n’ai plus peur de la décevoir. A travers l’épreuve de la maladie, j’ai compris qu’elle était humaine, ou plutôt je me le suis pris en pleine face… Humaine comme moi, avec ses qualités, ses défauts, son vécu, ses épreuves. Et qu’après tout, elle ne détenait pas la vérité absolue sur ce que je devais être et devais faire de ma vie. Ca m’a littéralement libérée. Je n’ai rien vu venir. Juste un matin, je me suis levée avec des envies et j’ai eu envie de les assumer. J’ai parlé, naturellement, les mots sont venus.

Et il n’y a même pas eu de conflits. Bien sûr, le contexte ne s’y prêtait pas. Mais quand même, j’ai savouré de pouvoir dire sans recevoir une désapprobation ferme. Il y a eu du désaccord, sûrement pas de la compréhension de sa part, mais il y a au moins eu de l’écoute, de l’ouverture.

Alors bien sûr, on ne change pas radicalement à 60 ans… Elle n’a pas non plus cherchée à comprendre, elle n’a pas fait preuve d’une tolérance sans borne. Mais ça me suffit. J’ai trouvé suffisamment d’ouverture pour avoir la place de m’épanouir. Depuis j’enchaîne les projets, les petits et gros plaisirs, je mène ma barque sans arrières pensées. Et surtout la culpabilité s’est envolée. Quel sentiment de légèreté !

Je profite de ce billet pour faire un point sur un projet qui me tient énormément à coeur. Mon premier tatouage. Les récents évènements ont bousculé le planning mais ils ont aussi fait mûrir ce projet. Rendez-vous pris pour le 26 mars prochain. J’enrage de cette si longue attente mais j’essaierai de la mettre à profit pour savourer l’accomplissement de ce projet. Et cerise sur le gâteau, j’ai mis un point d’honneur à l’informer de mon projet. Moi qui m’était résignée un temps à ne rien dire – ou plutôt qui n’avait pas trouvé le courage… Quitte à la mettre devant le fait accompli au détour d’une manche trop courte. A la faveur de ce sentiment de liberté si jouissif, je me suis jetée à l’eau. Les mains moites et la voix tremblante, faut pas déconner… Mais j’ai dit mon projet. Il y a eu désaccord, aucune volonté de comprendre pourquoi mais ma foi, encore une fois, ça me suffit.

Bien sûr, parfois, je ressens le contre-coup de tout ça. J’ai l’impression de ne pas l’intéresser. Mais à choisir, je préfère ça. Car, au moins, je me sens libre de vivre ma vie. Finalement, je détenais la solution en moi. Il aura fallu une atroce nouvelle pour que j’y parvienne. Encore un petit coup de culpabilité avant d’accéder au bonheur.

PS : je profite de ce billet difficile pour glisser le lien vers cet article. Je ne sais pas si je fais partie de ceux qui ont des parents toxiques, mais je me reconnais plutôt bien dans certaines situations. Cependant, il m’est encore difficile « d’accuser » de la sorte ma mère. J’aurai l’occasion d’en parler très bientôt.

Craquage

Ce mercredi a été une journée noire. La semaine de reprise est rude pour J. On le sait, c’est systématique après chaque période de congés durant lesquelles nous partons de la maison, voir nous le faisons garder.

On le savait, mais cela n’empêche pas de craquer. C’est un fait, je ne suis pas encore blindée contre les hurlements de mon fils. La bonne nouvelle, c’est que j’arrive à mieux gérer ma nervosité. Je ne me laisse plus submerger.

Mercredi après midi a été l’exception. Mais une exception constructive. L’accumulation de fatigue de la reprise + ses nuits hâchées, l’exaspération face aux pleurs dont J. me gratifie depuis deux semaines, un cocktail explosif.

Il faut dire que je suis dans un état de nervosité extrême depuis une bonne semaine et demi. J. est ultra-collant et chouineur. Angoisses après l’avoir laissé 5 jours pour partir en vacances ? Conscience d’avoir sa maman pour lui 24h/24 ? Je ne sais pas. Mais concrètement, je ne peux pas faire un pas dans la maison loin de lui, sans qu’il ne chouine. Cela vaut aussi pour la nuit. Avec à la clé des hurlements pour venir dans mon lit. J’ai résisté et j »en suis fière (cela me fait penser qu’un petit article sur la façon dont nous gérons les réveils nocturnes pourrait être instructif).

A cela s’ajoute l’apprentissage de la frustration : ne pas toucher certains objets à ma demande, ne pas être sans cesse dans mes bras etc…

C’est comme ça que nous nous retrouvons avec un J. plutôt épuisé dès sa reprise chez la nounou. Et avec des nuits très chaotiques depuis lundi. Le schéma classique : première nuit complète, deuxième nuit avec le trio réveil/impossible de le poser dans son lit sans qu’il hurle/parents qui craquent et qui le prennent dans leur lit, troisième nuit complète mais avec un réveil très matinal et finalement la quatrième nuit où nous prenons la décision de le laisser pleurer.

Mercredi étant la journée noire dans ce schéma, le moment de la sieste a été l’apothéose. Un bébé épuisé. Une maman à bout et nerveuse. Ca ne pouvait rien donner de bon. J’ai donc câliné un peu, parlé un peu, crié beaucoup (surtout dans un coussin d’ailleurs), pleuré de rage et d’impuissance face à ces hurlements que j’arrive pas à apaiser. J’ai face à moi un bébé qui est épuisé, se frotte les yeux, se tort, baille à n’en plus finir, s’énerve. Un cercle vicieux infernal. Duquel je ne parviens pas à le faire sortir.

Alors j’ai abandonné, j’ai évacué ma frustration et je l’ai laissé seul dans son lit.

Il y a quelques mois, cette situation m’aurait dévastée. Je me serai trouvée nulle, mauvaise mère. Désormais, j’analyse différemment. J’ai simplement fait ce que j’ai pu. J’ai conscience d’être dans un état de fatigue qui ne me permet pas de gérer sereinement ce genre de situation. Alors je fais au mieux. Avec ce que j’ai comme ressource en moi. Je sais que cela ira mieux dans quelques jours. Je re-la-ti-vise. La DPP m’aura au moins appris ça. Ne pas me fustiger pour avoir réagi si violemment. Réfléchir après coup à ce qui a été fait et dit, identifier ce qu’il serait bon d’éviter ou surtout accepter cette réaction extrême. Accepter de ne pas pouvoir garder son calme. Accepter d’avoir ses limites.

Lecture salvatrice

Parmi mes lectures de vacances, je suis tombée sur un article très intéressant dans BIBA. J’aurais beaucoup aimé le lire alors que j’étais encore enceinte. Je trouve les mots particulièrement bien choisis. La journaliste y fait également référence à un bouquin, qui me semble très bien fait. C’est le genre de lecture qui m’aurait beaucoup aidé à appréhender la suite de manière concrète et, qui sait, peut être éviter cette dépression.

Toujours est-il que, même si tout ça est derrière moi et si je suis beaucoup plus sûre de moi aujourd’hui, je pense me le procurer et le lire (enfin, si je trouve le temps…). A 10€, je ne prends pas beaucoup de risques.

Je ne me permettrais pas de vous le conseiller sans l’avoir lu, mais je pense qu’il peut faire partie de ces lectures salvatrices. Wait and see…

Edit : à peine l’article rédigé et publié, je me suis procuré ledit livre. Du peu que j’ai lu, j’aime beaucoup. C’est précis, concis et concret. Et surtout c’est droit au but. Sous forme de petit paragraphe pour chaque thème et accompagné de témoignages courts. Ce que je trouve bien, c’est le style sans détour. Ce que j’aime moins, c’est justement que c’est court. J’aurais aimé que certains thèmes soient davantage évoqués. Mais bon, c’est un détail. Donc, je recommande chaudement ce petit livre.

Atterrissage

Ça y est, je ne plane plus. Enfin. Car autant au début c’est rigolo cet état un peu second, autant à la longue, ça devient très agaçant. J’ai eu un pic jeudi dernier et la journée a été rude. Je me voyais tourner de l’oeil chaque minute. J’ai même pensé rentrer chez moi et puis j’ai tenu le coup toute la journée.

Plus je me concentrais, plus je m’occupais, et moins j’avais de vertiges. A croire qu’ils sont là pour te pousser à te bouger les fesses et ne pas flemmarder sur ton bureau !

Je pense donc pouvoir dire que je suis sortie de la zone de turbulences. Et retournée à la vie normale. J’ai retrouvé mon impulsivité légendaire, mes démarrages au quart de tour, voir mon côté lunatique si détestable. J’essaie de maîtriser tout ça. J’ai identifié les situations qui me font dégoupiller (au hasard, un repas qui vire au lancée de purée en 2 secondes, par exemple) et je tente de prendre du recul. Je me fais un briefing intérieur, je dédramatise et le plus souvent ça marche.

Bon bien sûr, rien n’est parfait et il m’arrive de m’énerver à nouveau. La différence, c’est que désormais je sais que je peux gérer. Mes réactions ne sont plus source de stress et de questionnement. Et qu’est-ce que c’est reposant !