Plouf, dans le grand bain

Le nirvana c’est sympa, mais quand on peut dormir ET respirer, c’est encore mieux ! Vous l’aurez compris, sur la fin, j’avais hâte d’accoucher. J’étais fière de ma hauteur utérine, fière de mon ventre de baleine, mais j’avais un sacré souci, je devais choisir entre dormir et respirer. Choix cornélien pour moi qui suis une véritable marmotte.

J’ai quand même fini par choisir ce qui m’était vital et j’ai donc cherché à favoriser la venue de mon petit habitant. J’ai très vite renoncé à la méthode italienne, faut pas déconner, quand on a besoin d’une grue pour ce genre de choses, ça casse un peu l’ambiance !!

J’ai opté pour la balade. Un soir de fortes chaleur, on est sorti faire un tour. Une marche de 20 minutes, jusqu’à notre bar favori. Un Perrier pour moi, une bière pour lui, une demi-heure pour souffler, papoter avec notre barman d’ami et on est reparti.

Hasard ou pas, 3h plus tard, à 3h du matin, j’ai fait plouf dans ma salle de bain. Et 11h plus tard, j’ai fait gnnniii dans une salle de naissance. Un jour je raconterai peut être mon accouchement plus en détail, mais pour résumer, j’ai eu l’impression d’être en cours de préparation à l’accouchement tellement ça collait à ce que la sage-femme nous a présenté. Plouf à 3h, une douche à 3h30, à la maternité à 4h avec début des contractions, puis crescendo jusqu’à 9h, péridurale, dilatation, 2h de descente dans mon bassin, 1/2h de poussée et voilà. J’ai eu mal, j’ai géré avec la respiration, j’ai kiffé la péridurale, je n’ai plus eu mal, j’ai dormi (oui oui !), j’ai poussé et basta. c’était torché en 11h de temps.

Quand on a posé J. sur mon ventre, il était un peu bleu, gluant, fripé. Je n’ai pas mémorisé d’odeurs, juste une image. Il a peu crié, très vite on l’a emmené pour dégager ses voies respiratoires, ce petit goulu ayant avalé du liquide. Durant ces quelques secondes de tête à tête, je l’ai regardé, dans les yeux, tout juste le temps d’imprimer cette image, et puis il est parti.

Comment avoir le temps en quelques secondes de réaliser qu’il était là, enfin, comment avoir le temps de se laisser submerger, comment avoir le temps de pleurer ? Le temps est resté en suspens et moi je suis restée bloquée au stade de l’incrédulité. Encore et toujours.

J’ai ouvert une librairie à domicile

Mon fils a dû comprendre que je n’étais pas doué pour percevoir ces petits effleurements internes, donc il est rapidement passé aux vrais coups. Dans les côtes, sur la vessie, sur l’estomac, bref sur tout ce qui était à sa portée là-dedans. Mais ça ne m’a pas empêché d’avoir un second trimestre plutôt tranquille, la bedaine ni trop petite ni trop grosse, un bébé en pleine forme, une future maman avec la pêche, c’était comme dans les livres et ça me rassurait.

Seule ombre au tableau, ces mouvements me faisaient sourire, rire, mais j’étais loin de l’émerveillement, des yeux brillants d’émotion. Oui je passais de longues minutes le soir sur mon canapé devant la télé, les deux mains sur mon ventre, à le guetter, mais là encore, point de coeur gonflé d’amour, juste de l’incrédulité. J’ai coupé court à mes doutes en me disant que j’y viendrai petit à petit et que de toute façon, à la naissance, je n’y couperai pas, je verserai ma larme, point barre !

Au fil des semaines, on a préparé ses affaires, la chambre, les vêtements, le matériel, acheté, emprunté, donné, on était prêt. Moi j’accumulais les bouquins, les conseils des copines, des proches, comme un patchwork de modes d’emploi, persuadée d’avoir toutes les billes pour être une mère parfaite. Tout en me répétant bien sûr que la mère parfaite n’existe pas et que nous ferions ce que nous pourrions. Belle contradiction qui illustre toute l’ambiguïté de ma personnalité. Je m’étais fait la promesse de ne pas vouloir être parfaite, j’essayais de m’auto-convaincre, tout en faisant exactement le contraire en réalité.

Le dernier trimestre a été la continuité du second. Je suis devenue baleine, mais j’étais épanouie. Tout le monde était aux petits soins pour moi, les compliments fusaient, la grossesse m’allait super bien parait-il. A croire qu’avant, j’étais moche ! Je dois reconnaître que, moi qui n’aimait pas mon corps avant la grossesse, là je l’adulais. Et plus précisément mon ventre. D’ordinaire, je le trouvais mou, flasque, bedonnant, loin de mon idéal de fermeté et de platitude. Là, il était lisse, la peau bien tendue, gros certes, mais pour la bonne cause. La grossesse a effacé cet attribut que je détestais chez moi. Il n’en fallait pas plus pour que je fasse la paix avec mon corps et que je finisse par apprécier mon reflet dans le miroir. J’avais une bonne raison d’avoir ces kilos en plus, la culpabilité n’avait donc plus sa place. Ca y est, je touchais du doigt le nirvana, j’étais en paix avec mon corps.

 

Non vraiment, rien à signaler

Tout était sous contrôle, j’étais enfin libérée de mes peurs irrationnelles. Il ne restait qu’à gérer des inquiétudes, mais ça, je sais faire. Je pouvais donc savourer sereinement la succession de joies qu’apporte la grossesse. Car oui, j’ai eu la chance de vivre une grossesse idyllique dans le sens où j’ai été épargnée par tous les symptômes. Oui, TOUS ! Vous pouvez me jeter des pierres, je n’ai pas eu de nausées, pas de douleurs de dos, pas de maux de ventre, pas un seul saignement suspect, pas de vergetures, pas de sciatique, pas de fatigue, pas de rétention d’eau, pas de prise de poids incontrôlable pour laquelle on vous fout au régime sans vous demandez votre avis, pas de diabète gestationnel, rien ! A chaque rendez-vous de suivi avec ma sage-femme, malgré sa rafale de questions, ma réponse était invariable : non vraiment, tout va bien, rien à signaler.

Allez, si quand même, j’avais un ventre plus gros que la moyenne (une hauteur utérine de dingue pour être précise, mais un bébé et une quantité de liquide dans les clous, allez comprendre…) et donc quand je m’allongeais pour dormir ou me reposer, je ne pouvais pas respirer trop à mon aise… Paye ton désagrément ! Voilà, avec tout ça (ou plutôt sans !), je pouvais me concentrer sur l’essentiel, mon bébé, mes sensations et moi.

La première sensation que j’ai guettée, bien sûr, ce sont ses mouvements. J’avais bien lu quelques trucs sur la question, mais entre les bulles, les chatouillis, les gargouillis et autres ressentis en i, j’étais un peu perdue. Pour au final constater que, chez moi, ce sont les bulles qui ont gagné. Un jour, dans mon lit, j’ai senti un pop, puis un second. J’ai poursuivi ma lecture sans y prêter attention, j’ai pris ça pour des gaz. Ouaip, j’ai assimilé mon bébé à un prout. Ca démarrait bien cette histoire ! Et puis ça s’est reproduit, encore et encore, de plus en plus souvent, jusqu’à ce que je tilte que ce que je prenais pour des manifestations de mes intestins venait de la chair de ma chair.

A posteriori, je me dis que, déjà, je ne le comprenais pas ce petit, ça aurait dû m’alerter pour la suite. Tant qu’il communiquerait par signes, je ne le comprendrais pas ! Je n’ai tout simplement pas l’intuition, le feeling, le mood, bref, j’ai pas le décodeur…

 

Ma grossesse, mon nirvana

Je crois que quand je disais à mon homme que je voulais un bébé, je me trompais. En fait, ce que je voulais, c’est être enceinte. Mais ça, je ne l’ai compris que bien après la naissance de notre fils.

Je voulais à tout prix être enceinte, j’avais une trouille bleue de ne jamais connaître cette expérience. A tel point que, même avant d’avoir jeté ma dernière plaquette vide, je pensais déjà à l’angoisse d’apprendre que quelque chose clochait chez nous côté fertilité.

Il faut dire que nous avions connaissance de quelques couples d’amis qui avaient des difficultés. Je lisais aussi déjà des blogs sur le thème de la PMA. D’une part, je voulais comprendre ce que nos amis traversaient et d’autre part, cette peur sourde restait tellement ancrée en moi que c’était une nécessité de me renseigner. Comme si savoir allait éloigner ce spectre.

Pourtant, en y regardant de plus près, 80% de nos amis ont conçu leur bébé en C1 ou C2, allez C3 grand maximum. On a beau se dire que « ça viendra quand ça viendra », ça me foutait la pression bordel !

Finalement, rien de tout cela ne s’est produit, un petit oeuf s’est niché ni trop tôt ni trop tard et à priori sans encombre. Nous étions les escargots du groupe, mais je m’en foutais royalement. Point de départ de 9 mois de rêvasseries.

D’abord, 3 mois d’attente jusqu’à la première écho. J’étais fébrile, fiévreuse, compulsant les forums, traquant les symptômes que je n’avais pas (oui pourquoi profiter de 3 mois sans nausées, sans douleur au ventre quand on peut se pourrir le cerveau ?!). Et surtout, 3 mois de peur, peur complètement irrationnelle de découvrir à l’écho soit un oeuf clair, soit un coeur arrêté. Pourquoi cette peur ? Je ne sais pas vraiment. Cela représente pour moi l’une des épreuves les plus brutales de la grossesse. Se projeter pendant 3 mois et découvrir subitement que non, tout s’arrête là. J’étais plutôt préparée à découvrir du sang mais, ça!, comment s’y préparer ?

Là encore, rien de tout cela ne s’est produit, nous avons découvert ébahis sous nos yeux des bras, des jambes, une tête, un corps, un clignotement, ce bruit de galop, une clarté nucale parfaite, tout ce qu’il faut là il faut. Nous étions incrédules, surtout que ce petit être bougeait ! Summum de la surprise pour nous. Moi l’émotive, je n’ai pas versé une larme, je riais sans vraiment réaliser que ce bébé-là était au creux de moi, sous ma peau qui se soulevait à chaque rire et faisait tressauter la sonde.

Désormais, plus de peurs irrationnelles, certes des inquiétudes, des craintes, des doutes, mais rien qui ne me dépasse totalement. Et moi quand j’ai le contrôle, je suis au nirvana !