Amnésie

Je me rends compte que mon discours de maman peut être sacrément effrayant. A tort d’ailleurs. Parce que à côté des moments indescriptiblement difficiles, il y a tout autant de moments indescriptiblement heureux. Le souci, c’est que j’ai été parfaitement sensibilisé au bonheur. Par contre, aux difficultés, beaucoup moins. Et quand on tombe haut, on a envie d’épargner ça à ses amies. Pourtant, on oublie tout ça. Au fur et à mesure. C’est bien foutu, le corps a programmé un effacement régulier. Pof, chaque mois, on oublie le pire, on ne retient que le meilleur. Une amnésie providentielle, qui permet d’avancer, mois après mois, épreuve après épreuve.

En vrac, donc, tout ce qui nous fait oublier à quel point élever et être responsable d’un autre être humain est le plus grand challenge qu’il nous est donner de vivre :

-se retourner sur une année passée, balayer les photos, voir ce petit bébé tout fripé devenir petit garçon, se rendre compte qu’on a rien vu venir et mesurer en même temps le chemin parcouru

– cette petite main qui se pose sur mon bras le soir avant de dormir, de plus en plus souvent, prémices et promesses de milliers de câlins

– ses éclats de rires, en pleine partie de chatouilles, qui m’envoie direct au 7ème ciel et me colle littéralement des papillons dans le ventre

– la fierté dans ses yeux à chaque nouvelle chose apprise, la fierté dans les miens de le voir évoluer si vite, trop vite, cette fierté qui balaye tous les doutes

– ses regards, inquiets, étonnés, rieurs, confiants, malicieux, qui nous font réaliser que son caractère se construit, sa personnalité se révèle, tout doucement, entre les lignes, tout en suspens

– la découverte d’une ressemblance avec un être cher, qui matérialise le lien familial, au delà des parents, qui nous propulse et nous inscrit dans une lignée, si soudainement que ça me file le vertige

J’ai l’impression que ce premier anniversaire correspond au moment où j’ai réalisé que l’on a formé une famille, un foyer, que l’on poursuit ce que nos parents, grands-parents, ancêtres ont débuté, que l’on s’inscrit définitivement dans la généalogie de nos familles.

Publicités

Dans l’enfer de la nuit

Comme promis, un petit descriptif de la façon dont on gère les réveils nocturnes de la prunelle de nos yeux (qui, à une heure tardive de la nuit, ne bénéficie plus vraiment de ce doux surnom !!). Non pas que je considère que l’on détienne la bonne manière de faire. Mais cela peut servir à d’autres. Parce qu’on ne trouve la solution qu’en essayant, si tant est qu’il y ait une solution. Je crois surtout que l’on fait ce qu’on peut, comme on peut.

L’avantage, chez nous, c’est qu’on ne partait pas avec des idées pré-conçues. On avait pas spécialement de grands principes – on laisse ou pas pleurer. J. a fait rapidement ses nuits (23h-7h à 7 semaines il me semble) donc on a pas vraiment souffert de grande fatigue. Et comme il a toujours été nourri au biberon, nous n’avons pas eu de sevrage à gérer, on a pu se relayer etc… Voilà le contexte posé.

Pendant plusieurs mois donc, nous avons bien dormi. Et puis nous avons vécu nos premières vacances. Premier chamboulement, premières nuits dans une chambre autre que la sienne, premier retour à la maison etc…  Et là, c’est le drame. Un J. qui hurle en pleine nuit, qui refuse de se rendormir ailleurs que dans nos bras, etc…

Alors, concrètement, ça a donné qu’on a beaucoup tâtonné. Il faut bien avouer qu’on a eu du mal à identifier une ligne de conduite à tenir. Ca partait clairement dans tous les sens. Un coup, en 2 minutes, J. était entre nous deux, ou bien l’un de nous finissait sur le canapé, parce qu’on avait absolument pas l’énergie de câliner pendant 2h en pleine nuit, sans aucune certitude que J. se rendorme, le coup suivant, on bataillait pendant des heures.

Finalement, après 3 épisodes identiques (soit 3 retours de vacances – une mécanique implacable cet enfant), voilà ce que l’on fait :

– en général, la première nuit, ça se passe bien, on a le droit de se remettre de nos vacances.

– la seconde, on a droit à un coucher bien cahotique, on doit souvent remonter plusieurs fois, câliner, parler, rassurer. Comme ce sont les premières nuits, on prend le temps de le rassurer au maximum, on monte dès qu’il pleure. Normalement, on dort plutôt bien ensuite. Si réveil nocturne il y a, pareil, câlin à gogo voir dodo dans notre lit.

– la troisième nuit, c’est la nuit de répit avant l’enfer. Souvent on a droit à un lever très matinal tout de même

– la quatrième nuit donc, c’est l’horreur. Coucher compliqué, nuit compliquée, souvent on s’énerve un peu. Quand le coucher est difficile, on refait le rituel une fois (chez nous, le rituel, c’est une petite histoire, deux-trois chansonnettes, le bonne nuit et zou dans le lit), puis on ne sort plus J. de son lit. On monte deux à trois fois max, on lui parle, on le rassure, mais interdiction de le sortir du lit. Ensuite on le laisse pleurer. D’abord 5, puis 10 puis 15 minutes. A chaque fois, on remonte, on rassure et on repart. Après, on laisse pleurer. En mai, il nous a gratifié de 1h15 de pleurs non stop. On ne pouvait rien faire que le laisser évacuer. En juin, ça n’a duré que 3/4 d’heure. Et fin août, 15 minutes. Pareil en pleine nuit, si réveil, on va voir, on rassure, mais J. reste dans son lit. On lui explique, calmement, mais on reste ferme.

– la cinquième nuit, c’est la joie, le bonheur, la félicité, il dort comme un bébé.

Les nuits d’après, il peut y avoir des « rechutes » mais normalement, J. a repris son rythme. Il est de nouveau capable de se rendormir seul.

Voilà, je le redis, je ne prétends pas détenir LA bonne façon de faire. Nous savons qu’après plusieurs nuits ailleurs que chez lui (et bien souvent, dans la même pièce que nous), J. a besoin de sa semaine pour retrouver ses repères. Le savoir, c’est déjà bien. On sait à quoi s’attendre, on anticipe ses réactions et on est plus serein.

Et vous, vous gérez comment ?