Love life #2

Le premier remonte à bien trop longtemps à mon goût. Mais la teneur de la fin de l’année ne m’a guère laissé le temps d’en concocter un suivant. Maintenant que ça s’apaise un peu, voilà le second cru des Love life :

1- sa petite main qui s’agrippe à la mienne pour la coller contre son cœur, le soir, pendant le câlin dans la pénombre avant de le déposer dans son lit

2- ses éclats de rire pendant une partie de chatouilles : je pourrai les écouter en boucle pendant des heures ces fous rires là

3- ce rdv du 26 mars : je voyais cette date si loin et je m’étais imaginée si impatiente, mais en fait, je me délecte de cette attente, qui ne fait que renforcer mon envie de concrétiser ce projet

4- la (re)découverte du tapioca, et plus exactement des perles du Japon, cuites dans du lait de coco, le tout surmonté de mangue ou de banane, c’est divin

5- ce petit déjeuner préparé spontanément par mon homme (le 2ème en 10 ans !), avant que je me lève, avec, sur le plateau, tout ce que j’aime

6- la satisfaction d’avoir enfin trouvé la bonne place pour ce meuble dans notre salon, cette impression qu’il est exactement là où il devait être depuis tout ce temps

7- le temps des résolutions, même si je sais parfaitement que je n’en tiendrai aucune ! J’aime cet espoir de renouveau, de changement. Peut-être que ma seule bonne résolution serait de ne pas en prendre et d’accepter enfin ce que je suis en ce moment.

En vrac

Cela fait un bon bout de temps que je ne suis pas venue écrire. Non pas que j’aie arrêté de me poser des questions, mais le temps me manque. La vie est venue me bousculer dans mon petit confort et me rappeler qu’on n’est jamais à l’abri de rien. J’en parlais ici, souvent, elle ne fait que nous effleurer, provoquant en nous un frisson d’horreur. Et parfois, c’est à nous que ça arrive.

Ces dernières semaines, j’ai grandi d’un coup. Je suis devenue celle qui s’occupe de ses parents. Après des années à être celle dont on s’occupe. Je me suis beaucoup préoccupée des autres et très peu de moi. C’est difficile d’inverser si soudainement les rôles.

Toujours est-il que cela a remis en question ma façon de voir les choses. Je n’ai pas basculé dans le « je me fous de tout », mais je relativise beaucoup plus. Y compris dans ma relation avec mon fils. Je vois certaines choses d’un oeil neuf. Effet pervers, j’ai tendance à devenir plus permissive et c’est souvent source de conflits avec son papa. Lui qui a si peur d’en faire un enfant capricieux. Je crois que c’est le centre de ses préoccupations en ce moment. J’ai une vision plus nuancée, j’essaie de mesurer mes interdits, j’essaie de me mettre à la place de mon fils. Ce n’est pas facile d’expliquer ma vision des choses, car cela me conduit à céder à mon fils là où son père ne le souhaite pas. Nous avons à nouveau nos marques à trouver en la matière. Avec l’expérience cette fois-ci. Je sais donc que cela se fera en bonne intelligence et non plus dans la douleur comme lors des premiers mois de vie de J.

Ces dernières semaines ont aussi été le moment où J. s’est décidé à galoper seul. Nos bras sont soulagés et nos yeux s’émerveillent de le voir grandir. Il devient petit garçon. Définitivement. Parfois j’ai envie de le ralentir. Cela me renvoie aux premiers mois douloureux, à ces moments ratés, si peu savourés. Je me surprends à lister ce que je souhaiterais faire pour un deuxième bébé. L’idée de cette seconde chance me rassure.

Bref, je suis de retour. Changée par la vie. Affaiblie mais plus forte. Avec une tonne de choses à mettre sur papier. En voyant le fouillis de ce billet, il va falloir que je mette de l’ordre dans tout ça.

Ces gifles de la vie

La vie peut vraiment être une pute par moment. Pour plein de choses. Plus ou moins. Mais parfois elle nous fout de sacrées grandes claques dans la gueule. Quand c’est pour de la joie, passe encore. Mais quand c’est pour de la merde, elle ne le fait pas à moitié.

Ce week-end, la mort nous a encore effleuré. Oh, pas de panique, cette fois-ci, c’est bien de loin. A peine un bruissement d’aile de papillon. Une petite phrase aux allures de faits divers. Un tremblement léger finalement. A côté du tsunami qu’une autre famille est entrain de vivre.

Et pourtant, pour moi, ce genre de nouvelles me fait toujours l’effet d’une gifle. Le coeur qui sursaute et qui saigne. La main devant la bouche pour retenir un cri, pour ne pas ouvrir la porte à toutes les angoisses qu’elle réveille d’un coup. Ce torrent d’effroi qui se déverse, comme un barrage qui lâcherait.

Samedi, je me suis retrouvée propulsée en un quart de seconde vers des souvenirs bien douloureux. Car la mort s’est déjà offert une intrusion dans nos vies. Bien trop tôt. D’un coup sec. Derrière la nuque. Le coup de fil en pleine nuit. Celui qu’on imagine qu’il n’arrive qu’aux autres. Les mots indescriptibles. L’hébétement. Le passage en pilotage automatique. C’est bizarre, car, autant, quand la mort frappe loin, je me liquéfie, autant, quand elle me concerne, je me blinde. Je me forge une carapace et je reste muette. On pourrait même croire à l’indifférence. Je garde tout. Ma tristesse, ma peur, mes questions, ce goût d’inachevé. Qui reviennent à chaque mauvaise nouvelle vécue d’un peu trop près. Inévitablement, je me projette. Et si ça nous arrivait à nouveau ? D’encore plus près ?

Et paradoxalement, ce matin, je me suis réveillée avec une furieuse envie de vivre. Comme pour défier cette épée de Damoclès qui plane au-dessus de nos vies si fragiles. Une envie de balayer tous mes problèmes d’un revers de la main. De tourner le dos aux emmerdeurs. D’oublier que le monde ne tourne plus si rond. Essayer de tourner ovale avec lui. De profiter de cette énergie vitale soudaine, pour réaliser tous mes projets.

Je sais d’expérience que ces quelques jours d’exaltation seront une parenthèse. Le soufflé retombera. Je me noierai à nouveau dans un verre d’eau. Mais cette fois-ci, c’est un peu différent. Ma priorité, désormais, ce n’est plus moi. C’est lui. Alors pour lui, je vais essayer de conserver cette énergie. D’entretenir ce regain. De surfer sur cette vague. Pour donner un sens à cette énième gifle. Pour tirer parti de ce coup de pied au cul que la vie nous donne via sa copine la mort.