En vrac

Cela fait un bon bout de temps que je ne suis pas venue écrire. Non pas que j’aie arrêté de me poser des questions, mais le temps me manque. La vie est venue me bousculer dans mon petit confort et me rappeler qu’on n’est jamais à l’abri de rien. J’en parlais ici, souvent, elle ne fait que nous effleurer, provoquant en nous un frisson d’horreur. Et parfois, c’est à nous que ça arrive.

Ces dernières semaines, j’ai grandi d’un coup. Je suis devenue celle qui s’occupe de ses parents. Après des années à être celle dont on s’occupe. Je me suis beaucoup préoccupée des autres et très peu de moi. C’est difficile d’inverser si soudainement les rôles.

Toujours est-il que cela a remis en question ma façon de voir les choses. Je n’ai pas basculé dans le « je me fous de tout », mais je relativise beaucoup plus. Y compris dans ma relation avec mon fils. Je vois certaines choses d’un oeil neuf. Effet pervers, j’ai tendance à devenir plus permissive et c’est souvent source de conflits avec son papa. Lui qui a si peur d’en faire un enfant capricieux. Je crois que c’est le centre de ses préoccupations en ce moment. J’ai une vision plus nuancée, j’essaie de mesurer mes interdits, j’essaie de me mettre à la place de mon fils. Ce n’est pas facile d’expliquer ma vision des choses, car cela me conduit à céder à mon fils là où son père ne le souhaite pas. Nous avons à nouveau nos marques à trouver en la matière. Avec l’expérience cette fois-ci. Je sais donc que cela se fera en bonne intelligence et non plus dans la douleur comme lors des premiers mois de vie de J.

Ces dernières semaines ont aussi été le moment où J. s’est décidé à galoper seul. Nos bras sont soulagés et nos yeux s’émerveillent de le voir grandir. Il devient petit garçon. Définitivement. Parfois j’ai envie de le ralentir. Cela me renvoie aux premiers mois douloureux, à ces moments ratés, si peu savourés. Je me surprends à lister ce que je souhaiterais faire pour un deuxième bébé. L’idée de cette seconde chance me rassure.

Bref, je suis de retour. Changée par la vie. Affaiblie mais plus forte. Avec une tonne de choses à mettre sur papier. En voyant le fouillis de ce billet, il va falloir que je mette de l’ordre dans tout ça.

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L’empreinte de nos parents

Je me demande souvent quels souvenirs on peut garder de nos toutes premières années de vie. Et même de la période intra-utérine. Il paraît qu’à cet âge-là, nous sommes des éponges. Mais garde-t-on la mémoire de toutes ces émotions absorbées ?

La mémoire du corps et les souvenirs me fascinent. Comment se fait la ségrégation entre les souvenirs imprimés et ceux qui passent à la trappe? Quels critères pour tamiser toutes ces informations ? Pourquoi des odeurs, des couleurs, des images ? Pourquoi parfois ces impressions de déjà-vu ?

Dans la continuité de ces questionnements, je me demande souvent quelle empreinte nos parents nous laissent dans le corps et dans l’esprit. De quelle manière nous façonnent-ils ? Je trouve ça parfois inquiétant cette capacité que notre corps a de mémoriser ces choses infimes. Sans nous en laisser le choix. Ou tout du moins consciemment. Comme s’il fallait faire une confiance aveugle à notre subconscient (ou inconscient?). Cette inquiétude reflète bien ma volonté de contrôler un maximum de choses. Alors que la vie est faite d’imprévus. Alors même que nos personnalités sont un subtil mélange de génétique, d’influences parentales, familiales, environnementales et de choix. Quelle part pour notre libre arbitre au milieu de tout ce que nous ne maîtrisons pas…

Quand je doute de mes choix vis-à-vis de J., c’est tout cela qui me paralyse. La peur de faire le mauvais choix pour lui. La peur d’avoir une mauvaise influence, de lui laisser des séquelles, d’être à l’origine de micro-traumatismes dont il aura bien du mal à se défaire par la suite. Être responsable des premières années de vie de quelqu’un me semble terriblement difficile. Chaque décision me semble irrémédiable, chaque choix est cornélien, puisque, par essence, il y a toujours des inconvénients, chaque croisée de chemins me fait tergiverser. Il me faut encore du temps avant d’envisager de faire à l’instinct, au feeling, à ce qui me semble le mieux à mes yeux.

J’aurais aimé pouvoir lui laisser le choix total de sa personnalité, lui permettre de démarrer son histoire avec une page blanche. Ainsi il aurait pu façonner son caractère au gré de ses rencontres, de son chemin de vie. Et moi j’aurais pu me dédouaner en cas de mauvaises décisions. Quelque part, je crois que je n’assume pas l’empreinte que je vais lui laisser, probablement parce que je la dévalorise. Je tente en vain de me persuader que tout n’est pas joué alors que, déjà, dans mon ventre, je le marquais au plus profond de son être.

Couper le cordon

Ma mère n’est pas au courant pour ma DDP. Pour plein de raisons. Mais surtout parce que je n’assume pas. Je m’empêche de faire beaucoup de choses par peur de sa réaction d’ailleurs, ce n’est pas nouveau pour moi, j’en ai parfaitement conscience. A 32 ans, cela en devient ridicule quand même, non ?

Quand j’étais enceinte, je réfléchissais souvent à la façon dont elle m’a élevé et à ce que je voudrais reproduire ou non de tout ça. Ma sentence est sans appel, j’ai tendance à partir à l’opposé. Pourtant, je pense avoir été bien élevée. A l’ancienne, mais bien élevée. Malgré tout, si je ne devais retenir qu’une seule de mes réflexions, c’est bien celle qui me fait dire : « je ne veux surtout pas être comme ça! ».

Pour faire court, à la maison, on ne m’a que peu écoutée, surtout à l’adolescence. Un père souvent absent pour son job, je pense manquer de la reconnaissance masculine dont une jeune fille a besoin. C’est un fait, mon père a complètement remis les clefs de mon éducation à ma mère. Peu d’écoute donc, peu de loisirs, beaucoup de travail et surtout, surtout, une exigence de perfection infernale et non-droit à l’erreur permanent. Je suis marquée au fer rouge par l’idée que je dois être parfaite. Aux yeux de qui, je ne sais pas trop… Un peu de tout le monde… Ma mère, bien sûr, mais aussi mon mari, mes ami(e)s, mon patron etc….

Perfection à l’école, perfection dans les études, perfection dans le sport, perfection dans l’apparence, tout était passé au crible, la moindre incartade réprimée, le moindre fléchissement condamné. Toujours bien dans le droit chemin, ne surtout pas s’en écarter, ne pas se tromper, ne pas oser. J’avais mon mantra : « nous n’avons pas le droit à l’erreur, on a pas de seconde chance dans la vie ».

C’est comme ça que je suis devenue une adulte timide, pas très téméraire pour oser quoi que ce soit dans n’importe quel domaine. Avec ce modèle de perfection qui me colle aux basques. Dont je peine à me débarrasser pour enfin vivre ma vie telle que je l’entends, sans régime, en osant (s’habiller, parler, se faire tatouer…), en se trompant, en recommançant, sans avoir d’autres craintes que le manque de temps, en étant libre.

Et donc, qui dit perfection, dit mère qui assume son rôle, sans faiblesse. Et qui ne fait donc pas de DPP. Avouer ma DPP à ma mère, c’est avouer ma faiblesse. C’est avouer que je n’assume pas encore la responsabilité de mon fils, que j’ai du mal à me faire à cette charge. J’aurais l’impression de faire un caprice devant elle, de rechigner devant un devoir un peu coriace. Comme une gamine qui ne veut pas devenir adulte et assumer les responsabilités qui vont avec. J’ai bien conscience que la pression, je me la mets toute seule. Je pense que ma mère comprendrait mais je n’en suis pas persuadée. Mais le doute persiste, tenace, au point de me bloquer.

Alors je garderai ça pour moi. Je préfère me concentrer sur d’autres choses la concernant. Cela prend du temps, mais je commence à m’affranchir de ses règles à elle, pour construire les miennes, les nôtres, celle de notre famille.