Ce que je transmets malgré moi

L’un de mes grands questionnements en matière d’éducation, c’est ce qu’on transmet à nos enfants, consciemment et inconsciemment. Autant il est assez facile de décider ce que l’on souhaite transmettre comme valeurs (encore que, dans l’application, de suite, ce n’est plus si simple… ahem), autant ce qu’inconsciemment on transmet, j’ai déjà plus de mal. Je suis jamais très à l’aise avec tout ce qui est de l’ordre de l’inconscient, très probablement parce que c’est par essence quelque chose d’incontrôlable. Cette idée de lui transmettre malgré moi un aspect que je n’aime pas chez moi m’effraie. Si je ne l’aime pas chez moi, comment vais-je l’aimer chez mon fils ? Est-ce que ça voudra dire que je n’aime pas mon fils tel qu’il est ? Le raisonnement est simpliste, certes, mais l’idée est là.

Bien sûr, je suis à peu près convaincue que j’aimerais toujours mon fils. Inconditionnellement. Quels que soient ses travers. Mais je garde en moi cette peur de voir mon fils prendre une direction qui ne me plaît pas. Cette peur a été exacerbée ces jours-ci lors des discussions que nous avons eu avec ma mère au sujet des attentats. J’ai encore du mal à réaliser ce que je vais écrire, mais j’ai honte des mots qui sont sortis de sa bouche. Je ne les étalerai pas ici car ce n’est pas le sujet. Par contre ce qui est totalement le sujet, ce sont les sentiments que ce constat a réveillé en moi. J’ai peur d’avoir cette façon de penser encrée en moi. Je sais que je lui ressemble sur certains points, j’ai hérité de sa timidité, même si désormais je ne le suis plus (mais quel travail pour en arriver là !), j’ai hérité de son manque d’esprit critique, de son manque d’écoute, de son inaptitude totale à débattre. J’ai hérité de tout ça parce que, petite, aucun de mes parents n’a écouté ce que j’avais à dire, personne ne m’a inculqué ce qu’est l’esprit critique, le débat, l’argumentaire, le goût de la discussion. J’ai été biberonnée aux idées toutes faites, aux adultes qui se coupent la parole, aux discussions qui tournent court au moindre désaccord etc…

Quand j’ai entendu ses propos, je lui en ai voulu si fort de m’avoir fait comme ça. Je n’ai même pas cherché à débattre. Je refuse de gaspiller mon énergie à quelque chose qui est vain. Je lui en veux parce que je m’en veux de ne pas toujours être à l’écoute, de ne pas savoir débattre, de ne pas savoir discuter. Je lui en veux mais c’est injuste. Après tout il n’appartient qu’à moi de m’améliorer puisque cela me tient à cœur. C’est égoïste de rejeter la faute sur elle. D’ailleurs, est-elle consciente de l’exemple qu’elle a montré à son enfant? S’est-elle un jour posée la question de ce qu’elle me transmettait ?

Maintenant que je suis mère, moi, je me la pose cette question. Qu’est-ce que je vais transmettre inconsciemment à mon fils ? Comment contrôler ce qui est incontrôlable par nature ? Comment accepter cette part d’inconscient dans l’éducation ? Mon fils aura-t-il un jour honte de ce que je vais dire ?

Ca se voit que j’ai attaqué un autre Filliozat ?