Etre dans sa tête

On se demande régulièrement tous les deux ce qu’il se passe dans la tête de notre fils. Je ne compte même plus le nombre de fois où l’un de nous deux a prononcé la phrase suivante : qu’est-ce que j’aimerais savoir ce qu’il pense, là, maintenant…. Aussi bien quand il est pensif, que quand il est concentré sur un jouet, ou encore quand ses yeux nous fixent et nous transpercent, l’air de dire « bein alors, t’as pas compris ou quoi ?! »

C’est ce qui fait tout le charme des bébés, cette part de mystère chez eux. Ca m’a longtemps perturbé, quand J. était nourrisson d’abord, puis plus tard quand il a commencé à découvrir le monde. L’impression d’être deux êtres venus de deux planètes totalement différentes. Désormais, je m’en accommode et surtout j’ouvre grand mon radar à signaux pour capter le moindre indice qui me permet de le décoder (un peu). Ca m’a pris du temps d’être réceptive, à l’écoute. Ca m’a pris du temps d’accepter qu’il me faudra du temps justement pour le décoder.

Pour m’aider, j’ai écumé le web et les rayons des librairies à la recherche de lectures qui sauraient m’aiguiller sur ce chemin. Je suis tombée sur ce livre : Les incroyables aventures des bébés. Je l’avais feuilleté dans le rayon et je l’avais trouvé prometteur. Il s’est révélé être au-delà de mes espérances. Je l’ai dévoré. Littéralement. Il était là LE livre que je cherchais. Celui qui allait me proposer des pistes pour comprendre ce qui se passe dans sa tête à leur âge.

Il est découpé en situation concrète retraçant des grandes étapes de leur vie de tous-petits. Par exemple, l’entrée à la crèche (que j’ai transposé à la nounou bien sûr), la diversification alimentaire, le sommeil. A chaque chapitre,  une description vue par les adultes, une vue par l’enfant et une analyse. J’ai adoré les pistes de réflexion, le déplacement des perspectives. L’auteur amène le lecteur à déplacer progressivement son point de vue, à sortir de ses automatismes d’adultes et à se placer au niveau de l’enfant.

Depuis, j’arrive à abandonner mes réflexes d’adulte face aux réactions de mon fils. Et j’ai l’impression de mieux le comprendre. Ou tout du moins, je comprends mieux pourquoi il réagit différemment de moi face à une même situation.

Vous l’aurez compris, je le recommande plus que chaudement. D’autres titres du même auteur me font de l’oeil : celui-ci ou encore celui-ci. Je vous dirai ce que j’en pense quand j’aurai eu le temps de les lire et de m’en imprégner.

Amnésie

Je me rends compte que mon discours de maman peut être sacrément effrayant. A tort d’ailleurs. Parce que à côté des moments indescriptiblement difficiles, il y a tout autant de moments indescriptiblement heureux. Le souci, c’est que j’ai été parfaitement sensibilisé au bonheur. Par contre, aux difficultés, beaucoup moins. Et quand on tombe haut, on a envie d’épargner ça à ses amies. Pourtant, on oublie tout ça. Au fur et à mesure. C’est bien foutu, le corps a programmé un effacement régulier. Pof, chaque mois, on oublie le pire, on ne retient que le meilleur. Une amnésie providentielle, qui permet d’avancer, mois après mois, épreuve après épreuve.

En vrac, donc, tout ce qui nous fait oublier à quel point élever et être responsable d’un autre être humain est le plus grand challenge qu’il nous est donner de vivre :

-se retourner sur une année passée, balayer les photos, voir ce petit bébé tout fripé devenir petit garçon, se rendre compte qu’on a rien vu venir et mesurer en même temps le chemin parcouru

– cette petite main qui se pose sur mon bras le soir avant de dormir, de plus en plus souvent, prémices et promesses de milliers de câlins

– ses éclats de rires, en pleine partie de chatouilles, qui m’envoie direct au 7ème ciel et me colle littéralement des papillons dans le ventre

– la fierté dans ses yeux à chaque nouvelle chose apprise, la fierté dans les miens de le voir évoluer si vite, trop vite, cette fierté qui balaye tous les doutes

– ses regards, inquiets, étonnés, rieurs, confiants, malicieux, qui nous font réaliser que son caractère se construit, sa personnalité se révèle, tout doucement, entre les lignes, tout en suspens

– la découverte d’une ressemblance avec un être cher, qui matérialise le lien familial, au delà des parents, qui nous propulse et nous inscrit dans une lignée, si soudainement que ça me file le vertige

J’ai l’impression que ce premier anniversaire correspond au moment où j’ai réalisé que l’on a formé une famille, un foyer, que l’on poursuit ce que nos parents, grands-parents, ancêtres ont débuté, que l’on s’inscrit définitivement dans la généalogie de nos familles.

1 an

Voilà aujourd’hui, J. a un an. Un an de joies, de découvertes, d’émerveillement, de rires, de papillons dans le ventre et d’étoiles dans les yeux, pour lui comme pour moi.

Mais aussi un an de questionnement, de doutes, d’interrogation. Des pleurs, des cris, de la lassitude, de l’énervement, de l’impatience. Une dépression. Et surtout une renaissance.

Un an pour se découvrir et se révéler maman. Désormais, je sors les griffes quand on critique ma façon de faire (pas plus tard qu’hier soir). A tort parfois (souvent dirait grand J.). Là où j’aurais été pétrie de doutes il y a quelques mois. Je sors les griffes en premier, puis je réfléchis, je pèse le pour et le contre et je tranche en mon âme et conscience. Et surtout, je ne subis plus. Je décide. Je me sens en confiance pour le faire.

Pour finir, J. c’est donc :

– une tâche blanche sous le bras, remarquée il y a peu, à la faveur d’une chatouille

– des cheveux quasi absents les premiers mois, devenus châtains en forme de couronne (du plus bel effet) et enfin blonds, que j’adore ébouriffer

– 5 dents qui poussent, très écartées en haut d’ailleurs

– des yeux en forme de billes brunes qui vous transpercent pendant qu’ils observent

– des rires et gazouillis dès le réveil

– un dévoreur, après avoir mis des mois à pouvoir avaler autre chose que du lait

– la bête noire de nos chats, qui sont coursés, tirés par la queue, tapotés régulièrement

– le compagnon de jeu des chats, entre les balles, le pointeur laser, les cartons, les papiers en tout genre, on fait coup double à chaque fois

– le bourreau d’un mobile drôlement chouette avec des moustaches. Un mobile en papier, quelle idée !

– le bourreau d’un mobile drôlement chouette avec des dragons. Un mobile en bois, on y croyait pourtant…

– deux copains, V. et A., enfin surtout A

– une Nanou, la seule et l’unique

– la joie de vivre en permanence, des sourires à tout le monde,

Rendez-vous dans un an…

L’empreinte de nos parents

Je me demande souvent quels souvenirs on peut garder de nos toutes premières années de vie. Et même de la période intra-utérine. Il paraît qu’à cet âge-là, nous sommes des éponges. Mais garde-t-on la mémoire de toutes ces émotions absorbées ?

La mémoire du corps et les souvenirs me fascinent. Comment se fait la ségrégation entre les souvenirs imprimés et ceux qui passent à la trappe? Quels critères pour tamiser toutes ces informations ? Pourquoi des odeurs, des couleurs, des images ? Pourquoi parfois ces impressions de déjà-vu ?

Dans la continuité de ces questionnements, je me demande souvent quelle empreinte nos parents nous laissent dans le corps et dans l’esprit. De quelle manière nous façonnent-ils ? Je trouve ça parfois inquiétant cette capacité que notre corps a de mémoriser ces choses infimes. Sans nous en laisser le choix. Ou tout du moins consciemment. Comme s’il fallait faire une confiance aveugle à notre subconscient (ou inconscient?). Cette inquiétude reflète bien ma volonté de contrôler un maximum de choses. Alors que la vie est faite d’imprévus. Alors même que nos personnalités sont un subtil mélange de génétique, d’influences parentales, familiales, environnementales et de choix. Quelle part pour notre libre arbitre au milieu de tout ce que nous ne maîtrisons pas…

Quand je doute de mes choix vis-à-vis de J., c’est tout cela qui me paralyse. La peur de faire le mauvais choix pour lui. La peur d’avoir une mauvaise influence, de lui laisser des séquelles, d’être à l’origine de micro-traumatismes dont il aura bien du mal à se défaire par la suite. Être responsable des premières années de vie de quelqu’un me semble terriblement difficile. Chaque décision me semble irrémédiable, chaque choix est cornélien, puisque, par essence, il y a toujours des inconvénients, chaque croisée de chemins me fait tergiverser. Il me faut encore du temps avant d’envisager de faire à l’instinct, au feeling, à ce qui me semble le mieux à mes yeux.

J’aurais aimé pouvoir lui laisser le choix total de sa personnalité, lui permettre de démarrer son histoire avec une page blanche. Ainsi il aurait pu façonner son caractère au gré de ses rencontres, de son chemin de vie. Et moi j’aurais pu me dédouaner en cas de mauvaises décisions. Quelque part, je crois que je n’assume pas l’empreinte que je vais lui laisser, probablement parce que je la dévalorise. Je tente en vain de me persuader que tout n’est pas joué alors que, déjà, dans mon ventre, je le marquais au plus profond de son être.

C’est la rentrée !

Nous sommes début novembre, j’ai fait mon cartable, celui de mon fils, demain c’est le grand jour. Je reprends le boulot.

J’ai préparé un maximum de choses à l’avance, en bonne perfectionniste et organisatrice, tout est en ordre pour le lendemain. Soirée banale, je suis contente de reprendre mon activité. Mes journées vont être à nouveau structurées, tracées, je n’aurai qu’à suivre le mouvement, ça va être presque reposant pour moi.

Le premier matin a été un peu désorganisé, mais nous sommes arrivés à l’heure chez la nounou, c’est bien là l’essentiel. Je commence à me connaître, je savais que ce premier jour serait agréable pour moi. Pas de larmes à l’idée de laisser mon fils seul chez une inconnue, pas de larmes à l’idée de ne pas être auprès de lui. Je fais une entière confiance à notre nounou, je sais que J. est entre de bonnes mains, l’adaptation s’est bien passée, il est très ouvert et sociable, aucune inquiétude de ce côté là.

Tout cela m’aurait perturbée il y a encore quelques semaines mais là, je suis sereine. Sûrement pour la première fois de ma vie de maman. Mais depuis la naissance, je suis capable de laisser mon fils à une personne en qui j’ai confiance, sans larme, sans peur irrationnelle, donc je savais que cette rentrée ne serait qu’une formalité émotionnellement parlant.

Là où tout s’est corsé, c’est qu’il a désormais fallu nous organiser dans cette nouvelle vie de parents qui travaillent. Désormais, le soir quand on rentre, plus moyen de s’affaler tranquillement dans le canapé à zoner devant la télé, pour se vider la tête. Non, maintenant, il y a J. avec au choix, le bain, une balade, des jeux, bref il y a J. qui réclame tout naturellement de l’attention.

Et en face, il y a S. et J., qui eux, n’étaient pas forcément prêts à cet espèce de don de soi et son temps, à ce dévouement… Là, je mets le doigt sur ce qui, pour moi, a été le plus compliqué dans mon rôle de maman. J’aurai l’occasion de le développer plus longuement par la suite, mais il s’agit du nerf de la guerre.

Je savais qu’un bébé réclamait de l’attention, je savais que notre vie changerait à jamais. Ce que je ne savais pas, c’est à quel point les rôles seraient redistribués, à quel point on devrait changer de point de vue, à quel point on devrait donner, à quel point on devrait prendre sur soi, à quel point on serait pousser dans nos retranchements !

Trouver la perle rare

J. avait à peu près un mois et demi quand nous avons été le présenter à sa future nounou. Cet article s’éloigne un peu du sujet de la DPP et de comment elle se déclare, mais il me semblait important de partager mon expérience.

En bonne novice de tout ce qui concerne un bébé, quand il a fallu trouver un mode de garde, j’ai commencé par m’affoler. Crèche, nounou, assistante maternelle, garde partagée, nounou à domicile, aides de la CAF, j’y comprenais que dalle, je mélangeais, bref, je découvrais l’univers chaleureux et accueillant des mamans ! Pourtant je m’y prenais à l’avance, on était fin mai.

Après m’être fait jeter des crèches de la ville en deux semaines, je me suis mise en quête d’une nounou. Ou plutôt d’une assistante maternelle, oui je suis pro-agrément (bien que je ne doute pas qu’il y ait d’excellentes nounous sans agrément…). Mais un minimum de contrôle me rassure.

Me voilà avec la liste de la PMI dans une main, mon téléphone dans l’autre et mon après midi devant moi. Et ça recommence. Après m’être fait jeté par les 3/4 des nounous de la liste (mais poliment, quand même), je me retrouve avec 3 noms et 3 rdv. Sauf que j’ai bien aucune idée de comment on mène un entretien d’embauche moi ! Et puis, certes, je suis futur-employeur mais c’est moi qui cherche et c’est moi qui suis emmerdée si je fais la fine bouche… Et puis, le contrat, on écrit quoi dedans. C’est quoi la loi, c’est quoi l’Urssaf, au secours !!!!! Un petit debrief entre copines et un rdv au relais RAM plus tard, je suis au point. Ma liste de questions est prête (aucune originalité, j’ai tout pompé à mes amies).

Je prends mon gros ventre et mon petit carnet avec moi et zou, je vais faire passer les entretiens. J’avais le choix entre 3 personnes charmantes mais avec quelques « attributs » plus ou moins gênants :

– une amoureuse des perroquets aux cheveux roses (pas les perroquets hein…) mais un peu trop amoureuse de la télé (dommage, j’aimais bien les perroquets)

– une espagnole que je comprenais à peine et avec qui je me voyais déjà devoir apprendre sa langue pour lui expliquer le fonctionnement de la chair de ma chair

– une fan de bowling à l’autre bout de la ville un peu trop amoureuse de télé-réalité

J’étais bien embêtée avec tout ça. C’est finalement le bon coin qui m’a déniché la perle rare. Je ne le savais pas à l’époque mais cette femme va me sauver la vie (j’exagère à peine). Une jolie annonce, pro comme j’aime, pas trop gnan gnan, une voix dynamique au téléphone, bref ça démarre bien. Nous voilà tous les deux et demi les fesses dans son canapé, à échanger sur les conditions, son tarif, ses habitudes etc… Pas d’attributs bizarroïdes, le feeling passe bien, elle est arrangeante, moins procédurière que les autres, on se comprend, même génération, ça colle, on se pose pas de questions, on conclut !

Tout cela semble naturel. Ca l’a été pour moi, mais j’avais l’impression d’embaucher une nounou pour mes chats ! On m’avait averti, tu verras, confier son bébé, c’est terrible au début, tu ne fais confiance à personne, c’est dur de trouver la bonne personne…etc… Très honnêtement, si je mets de côté ce qui me gênait, j’aurais confié mon fils aux 4 personnes que j’ai rencontré. Toutes savaient donner un biberon, changer une couche, bercer un bébé, piloter une poussette. Mon bébé était encore dans mon ventre, je ne le connaissais pas encore, comment estimer quel est le bon choix. C’est comme cuisiner pour quelqu’un sans savoir ce qu’il aime. Ca passe ou ça casse. Ce que je ne réalisais pas, c’est que finalement, je cherchais une personne qui savait faire plus que ça, je cherchais mon complément. Et je l’avais trouvé, sans le savoir…

C’est comme ça qu’un soir d’août, j’ai reposé mes fesses dans son canapé mais avec un cosy en plus. Le courant passait toujours bien, on a signé notre mariage pour 3 ans. Pour le meilleur et pour le pire.

A ce jour,  nous n’avons connu que le meilleur.

Indulgence filiale

Je ne sais pas si c’est parce que c’est ma mère, mais j’ai mieux supporté la présence de mes parents que celle de ma belle-mère. Il faut dire que ce sont deux caractères totalement opposées. Ma mère est aussi discrète que ma belle-mère est exubérante, aussi timide qu’elle est franche, aussi en retrait qu’elle est intrusive. Bref, ma mère passe son temps à essayer de ne pas nous déranger (ça en est énervant d’ailleurs) quand ma belle-mère m’appelle pour juste me dire qu’elle a vu un reportage sur notre ville (ce dont je me contrefous royalement…!)

Les 10 jours avec eux ont donc été plutôt cool. Ils logeaient dans un hôtel à proximité, alors que ma belle-mère squattait notre canapé. Cela fait sûrement toute la différence, à sa décharge. Nous avions donc nos soirées tranquilles à partir de 22h et nos débuts de matinée tous les 3.

Et surtout, ma mère s’est abstenue de tout conseil, sauf que je lui demandais expressément et a été pile à la place que je voulais. Elle a profité de son petit fils, simplement, et m’a laissé me débrouiller. Elle a été si discrète que je me suis même demandée si elle était contente d’être là. Fausse question bien sûr, mais c’est dire si elle est restée en retrait. Quel contraste avec la semaine passée ! J’étais presque déçue qu’elle choisisse cette discrétion là. Oui, je ne suis jamais contente, vous pouvez le dire !! Je me voyais déjà partager avec elle ses souvenirs de mon enfance à moi, me dire comment elle, elle faisait, comment j’étais. Mais à choisir, je préfère cette version. Je sais que le partage d’expérience se fera. Plus tard certes, mais j’ai encore le temps de le provoquer.

Je dois avouer que j’avais quand même à nouveau hâte de me retrouver au calme. Un autre rdv se profilait, un mariage 15 jours plus tard. Mais sous étions rodés, rien d’angoissant cette fois-ci, je savais que les semaines à venir seraient faites de douceur et de calme. 1( jours en tête à tête, un mariage, un congé paternité qui approchait, la vie allait être douce, j’en étais alors convaincue ! Ha ha ha !