Voir la mer à 10 jours

Nous nous sommes retrouvés en famille pour 4 jours. J’étais lessivée des quelques jours passés avec ma belle-mère. Je voyais dans ces 4 jours l’occasion de sortir la tête de l’eau et de savourer enfin les têtes à têtes avec mon fils.

Surtout que désormais nous étions en pilote automatique pour les gestes du quotidien. Couches, biberon, bain, portés, tout ça n’avait plus de secret pour nous. J. était toujours aussi adorable, calme, marmotte de jour comme de nuit, ses seuls hurlements étaient des pleurs de faim. Nous avons le modèle glouton. Là où la maternité préconisait de lui donner 90 ml, il en buvait 120. Nous avons explosé les quantités. J’ai été le faire peser à la PMI, il avait bien grossi, cela m’a énormément rassuré. Nous faisions bien, notre bébé se portait bien. Un poids en moins sur les épaules.

Je me souviens de ces quelques jours comme une bulle rien que pour nous. Enfin, j’avais tout le loisir de prendre mon temps, de faire à ma guise, de tester, de tâtonner. Ca m’a fait un bien fou de me retrouver chez moi, seule avec mon fils. Et surtout ça m’a permis de me préparer sans pression à un grand évènement : notre première sortie en famille pendant un week end entier.

Nous voilà donc partis, direction la Bretagne. Hébergés chez des amis déjà parents. Avec deux journées de balades, une soirée entre amis et deux nuits hors du nid. Cela me paraissait un peu effrayant, comment va-t-on gérer, va-t-on réussir à bien s’organiser etc… Car, même avec 4 jours pour moi, j’ai encore bien des doutes sur ma manière de m’occuper de mon fils. Je sens qu’avec du « public », je peux vite m’angoisser, m’énerver, douter de mes gestes.

Contre toute attente,  nous avons pu bien profiter du week end, de nos amis, J. a été très coopératif, adorable, un vrai bonheur. Et surtout, nous avons découvert que nous pouvions avoir une vie sociale, même avec un si petit bébé. Parmi tous mes amis, je ne me suis pas sentie observée, personne ne me regardait, tout se faisait très naturellement, on me fichait la paix et mon esprit a apprécié.

J. a donc « vu » la mer, il avait 10 jours seulement. Et le pire, c’est qu’il ne s’en souviendra même pas ! Ceci dit, vu la météo, il n’a rien loupé !

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Plouf, dans le grand bain

Le nirvana c’est sympa, mais quand on peut dormir ET respirer, c’est encore mieux ! Vous l’aurez compris, sur la fin, j’avais hâte d’accoucher. J’étais fière de ma hauteur utérine, fière de mon ventre de baleine, mais j’avais un sacré souci, je devais choisir entre dormir et respirer. Choix cornélien pour moi qui suis une véritable marmotte.

J’ai quand même fini par choisir ce qui m’était vital et j’ai donc cherché à favoriser la venue de mon petit habitant. J’ai très vite renoncé à la méthode italienne, faut pas déconner, quand on a besoin d’une grue pour ce genre de choses, ça casse un peu l’ambiance !!

J’ai opté pour la balade. Un soir de fortes chaleur, on est sorti faire un tour. Une marche de 20 minutes, jusqu’à notre bar favori. Un Perrier pour moi, une bière pour lui, une demi-heure pour souffler, papoter avec notre barman d’ami et on est reparti.

Hasard ou pas, 3h plus tard, à 3h du matin, j’ai fait plouf dans ma salle de bain. Et 11h plus tard, j’ai fait gnnniii dans une salle de naissance. Un jour je raconterai peut être mon accouchement plus en détail, mais pour résumer, j’ai eu l’impression d’être en cours de préparation à l’accouchement tellement ça collait à ce que la sage-femme nous a présenté. Plouf à 3h, une douche à 3h30, à la maternité à 4h avec début des contractions, puis crescendo jusqu’à 9h, péridurale, dilatation, 2h de descente dans mon bassin, 1/2h de poussée et voilà. J’ai eu mal, j’ai géré avec la respiration, j’ai kiffé la péridurale, je n’ai plus eu mal, j’ai dormi (oui oui !), j’ai poussé et basta. c’était torché en 11h de temps.

Quand on a posé J. sur mon ventre, il était un peu bleu, gluant, fripé. Je n’ai pas mémorisé d’odeurs, juste une image. Il a peu crié, très vite on l’a emmené pour dégager ses voies respiratoires, ce petit goulu ayant avalé du liquide. Durant ces quelques secondes de tête à tête, je l’ai regardé, dans les yeux, tout juste le temps d’imprimer cette image, et puis il est parti.

Comment avoir le temps en quelques secondes de réaliser qu’il était là, enfin, comment avoir le temps de se laisser submerger, comment avoir le temps de pleurer ? Le temps est resté en suspens et moi je suis restée bloquée au stade de l’incrédulité. Encore et toujours.