Le mirage de l’instinct maternel

Je croyais dur comme fer à l’instinct maternel. Qui me tomberait dessus à la seconde même où on poserait mon bébé sur moi. Un regard et je serai submergée d’amour, les larmes aux yeux. Manquait plus que la lumière au-dessus de nous pour illuminer ce joli tableau digne d’un magazine Parents et tout était parfait.

A la place, on a posé mon fils sur mon ventre, il est un peu bleu, j’étais épuisée, à bout de souffle, on s’est regardé, incrédules tous les deux, point de larme. Quelques secondes plus tard, on l’a emmené car il ne respirait pas correctement. Adieu lumière blanche, vague d’amour, lien immédiat, on est loin du film hollywoodien.

Mais j’y croyais encore. Certes, il ne m’était pas tombé dessus dès la naissance, mais c’était sûr, après quelques heures, je ressentirai cette vague. A chaque regard vers son berceau, je l’observais et je guettai mes sensations. Pas de vague. Que dalle. Le vide. Puis happée par le tourbillon des soins, visites, photos, j’ai enfoui ma peur, loin, bien cachée, craignant que ce soit ça qui m’empêche de ressentir cet élan d’amour.

Les jours, les semaines, les mois sont passés. J’ai fini par admettre que le lien se créait petit à petit. Je me souviens très précisément d’une conversation avec ma belle-mère, qui avait visé très juste. Elle me demandant si je m’étais sentie mère dès le départ. Moi lui répondant que, non, c’était venu progressivement. Elle l’avait vu. Dès sa première visite. Mais n’avait rien dit. Je la remercie. Une remarque ce jour-là m’aurait mise en miette. Appuyant là où ça faisait si mal. D’être encore une fois loin des codes véhiculés par notre société, adepte du parfait, du bonheur à tout pris. Ainsi, j’avais accepté d’être de celles, imparfaites, qui deviennent maman au fur et à mesure.

Plusieurs mois plus tard, je ne sais toujours pas si je me sens maman. Les mots « mon fils » raisonnent encore étrangement à mes oreilles. J’ai l’impression qu’on parle de quelqu’un d’autre. Moi, la femme à l’allure de gamine, une maman ? Quel sketch ! Je me sens nounou finalement.

Mais je dois admettre que le lien est là. Je le sens se renforcer de jour en jour. Je n’ai plus peur de mon fils, de ses réactions, de ne pas savoir les comprendre, les gérer, je n’ai plus l’impression de parer au plus pressé, je suis actrice. Je ne subis plus. Et ça change tout.

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