Renoncement

Renoncer. Devenir maman, c’est renoncer. Renoncer à une certaine idée de soi. Renoncer à son temps. Sauf que moi j’ai lutté. Beaucoup trop. J’ai lutté en pensant que je serai plus forte que ça. Plus forte que lui. Et j’ai perdu beaucoup d’énergie à lutter dans le vide, lutter alors que j’avais perdu d’avance, lutter alors qu’il n’y avait pas à lutter, mais seulement à renoncer. Je n’étais pas prête à ça, pas préparée, prévenue, mais pas préparée. Parce qu’on ne peut pas l’être. C’est impossible. Je m’en rends compte maintenant. Je cherche à prévenir mes amies enceintes. Mais je sais bien qu’on ne peut s’y préparer avant de le vivre.

J’ai donc lutté, farouchement, pour conserver ma liberté. A mes yeux, continuer à prendre soin de moi comme avant, continuer à avoir du temps pour moi, pour mes loisirs, pour juste ne rien faire, c’était préserver ma liberté. J’ai lutté aussi pour concilier boulot, bébé, entretien de la maison, loisirs. Malheureusement, je m’y prenais mal, très mal. J’ai juste oublié que désormais je devais raisonner en terme de priorité. Au cours de l’une de nos disputes (j’aurai maintes fois l’occasion de les évoquer ici), mon homme m’a dit un jour :  » la priorité c’est ton fils ». Et dans ma colère, je lui ai répondu : « non, là, la priorité, c’est la vaisselle ! ». Dans ma tête, à cet instant t, mon fils passait après la vaisselle. Lorsqu’on est lucide, on trouve ça sacrément fou, la vaisselle peut attendre, mais quand on est en colère, débordée, au bout du rouleau, avec une tendance maniaque de la propreté, on trouve ça tout à fait normal !

Ca aurait dû faire tilt, ça a fait tilt, un peu, pas suffisamment. J’ai persisté, je me suis accrochée, je voulais réussir. J’avais un bébé calme, sans colique, sans colère, sans angoisse, sans pleurs ou hurlement, qui faisait des nuits de dingues, qui souriait en permanence, qui s’est adapté à sa nounou en 1h. Je ne pouvais pas échouer, là où d’autres réussissaient avec des bébés beaucoup plus prenants. C’était impossible, c’était avouer ma faiblesse. Quel orgueil ! J’ai eu l’orgueil de croire que je serai au-dessus des autres. Enceinte, je me répétais à l’envi que je ne mettrai pas la pression. Maman, je me la mettais sur 90% des sujets. J’avais mis la barre bien trop haute, sans même m’en rendre compte, en me cachant derrière des phrases bateaux que je me répétais en boucle dans ma tête : « c’est pas grave, tu n’as pas à être parfaite ». J’ai réussi à me zénifier sur les gestes du quotidien, sur l’hygiène, sur les soins, sur les biberons. Mais j’avais complètement occulté le plus important finalement : quelle maman je voulais être, quels principes nous adopterions, quels comportements nous choisirions vis-à-vis de J.

Tout ce raisonnement est resté bien ancré dans ma tête pendant plusieurs semaines. Je voyais bien que je ne tournais pas rond. Mais toutes ces questions, toutes ces angoisses, quelle maman ne les a pas ressenti ? Je savais que ce serait un grand chamboulement, je pensais être au coeur de ça, dans le creux de la vague, je pensais qu’il ne manquait qu’un brin d’organisation. J’étais loin de me douter qu’en réalité, je sombrais. C’est là que j’aurais dû en parler. C’est là que j’aurais dû crier au secours.

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